Attentiveness

Snippets of our research and the issues each of us is particularly attentive to

Here is what we say about ourselves, when asked to shed light on an aspect of our posture that we find particularly striking…

Ma posture initiale sur le terrain est le tâtonnement, puis la création de relations avec différents acteurs qui vont me rendre plus sensible à certains aspects de la réalité de l’eau et vont nous permettre d’articuler in fine des préoccupations (concerns) particuliers et spécifiques (qualité de l’eau, équité, protection des ressources, etc.). Je sais que l’analyse que je suis capable de produire, dans un contexte donné, est forcément située et dépendante de ma propre sensibilité analytique et des rapports et relations que je vais réussir à établir avec les uns et les autres. J’essaye alors d’apprendre à « penser avec » les autres, car la recherche et la production de nouveaux savoirs sont avant tout des pratiques relationnelles. Cela signifie qu’il n’y a pas de posture neutre possible, ni de posture passive – car nous sommes un acteur parmi d’autres, pris dans un faisceau de relations qui façonne ce que nous sommes capables d’observer et comprendre, ce que nous croyons être des sujets importants, ce que nous pensons pouvoir ou devoir changer et comment.

J’interviens la plupart du temps en appui aux politiques publiques dans des situations où il y a un ou des « problèmes » liés aux ressources en eau. Les acteurs institutionnels sont donc mes premiers interlocuteurs. Dans ces contextes, mon ambition est que le collectif réussisse à répondre à ces problèmes. Je pense être une fervente défenseuse de la démocratie de l’eau : je vois la participation comme un moyen d’améliorer l’action publique, la gestion par les communs, l’interconnaissance, l’empathie et l’intelligence collective. Je mets donc mes efforts au service de la réussite des démarches participatives, mais aussi de leur évaluation, afin d’être capable de savoir si ces démarches sont véritablement inclusives, transparentes, et si elles mènent aux résultats et aux impacts escomptés. Je m’implique donc autant que possible dans les terrains dans lesquels je travaille, avec toute la subjectivité que cela implique.

Ma posture est compréhensive, inductive et ancrée. Dit autrement, mes questions de recherche naissent du terrain et des situations que je rencontre, et de ce que j’en comprends. Jusqu’ici, j’étais relativement peu engagée sur mes terrains, dans le sens où je ne produisais pas une connaissance avec l’ambition de modifier la situation étudiée, mais plutôt avec celle de rendre intelligible ce qui faisait cette situation (politique quantitative, soutien d’une innovation technique, arbitrages politiques, dynamiques rurales, etc.), en espérant que cela soit écouté par d’autres qui auraient un pouvoir décisionnel. Récemment, ma posture est moins nette : mes terrains et ses acteurs sont venus brouiller des frontières, soit du fait de mon objet d’étude, soit car j’ai souhaité jouer un autre rôle en faisant une recherche qui peut donner de la voix à certains acteurs. En parallèle, je suis toujours tiraillée entre pilotage et accompagnement : d’un côté je considère que je ne dois être là que pour accompagner une période de transition et donc qu’il faut que je sois au maximum à l’écoute des acteurs de terrain et que je les laisse faire

D’un autre côté je considère que c’est aussi mon rôle en tant que chercheuse de mettre de l’huile dans les rouages lorsque les processus peinent à avancer, et d’accroitre les ambitions des acteurs de terrain en ouvrant le champ des possibles.Je m’implique donc autant que possible dans les terrains dans lesquels je travaille, avec toute la subjectivité que cela implique. En parallèle, je suis toujours tiraillée entre pilotage et accompagnement : d’un côté je considère que je ne dois être là que pour accompagner une période de transition et donc qu’il faut que je sois au maximum à l’écoute des acteurs de terrain et que je les laisse faire. D’un autre côté je considère que c’est aussi mon rôle en tant que chercheuse de mettre de l’huile dans les rouages lorsque les processus peinent à avancer, et d’accroitre les ambitions des acteurs de terrain en ouvrant le champ des possibles.

Ma posture est plutôt analytique. Je commence par appréhender un territoire d’un point de vue biophysique avant et pendant la phase de terrain — climat, sols, répartition spatiale des ressources, etc. — en observant le paysage, les images satellites et d’autres sources d’information. Ensuite, j’observe les pratiques et discute avec les agriculteurs et éleveurs de leur histoire, de leurs pratiques, sans nécessairement avoir un « problème » prédéfini en tête. Il m’arrive aussi d’arriver avec une question formulée dans le cadre d’un projet, mais celle-ci peut évoluer : c’est souvent le terrain qui me révèle après un temps d’enquêtes et d’observation le « problème » qui me semble important dans les transformations agraires du territoire. Dans ma compréhension des dynamiques agraires, j’adopte une approche sociale et matérialiste. Je m’intéresse aux pratiques des différents agriculteurs et éleveurs, en considérant que l’adoption d’une pratique ou l’utilisation d’une ressource s’inscrit toujours, à mes yeux, dans un cadre à la fois technique — lié aux pratiques matérielles — et social et historique, que je cherche à comprendre. J’essaye de comprendre aussi les politiques publiques qui ont pu favoriser l’émergence de certaines trajectoires plutôt que d’autres. Cette démarche vise à comprendre les logiques qui sous-tendent la diversité des pratiques et les inégalités socio-spatiales au sein des territoires.

Je considère que mon rôle n’est pas de « transformer » les territoires (et ce n’est pas un mot que j’utilise) : je n’en ai ni le pouvoir ni la légitimité. Mon positionnement consiste plutôt à expliciter les problèmes : mettre en évidence les inégalités, révéler des situations de vulnérabilité et comprendre les conditions qui peuvent conduire à l’exclusion ou à la paupérisation. Je me sens plus à l’aise dans un travail de recherche qui rend visible les rapports de force à l’œuvre, dans l’espoir que cette mise en lumière puisse contribuer à infléchir les discours des décideurs ou des acteurs du développement (et leurs actions), et à questionner les processus susceptibles de fragiliser la durabilité sociale et environnementale des territoires.

Je commence par analyser en profondeur les relations institutionnelles qui façonnent les dynamiques d’accès et d’utilisation des ressources en eau et j’essaie de me positionner au sein des réseaux institutionnels existants. J’apporte une attention et importance particulière au fait de nouer et entretenir des relations avec les personnes qui, selon moi, occupent des positions stratégiques dans ces réseaux – dans le sens où leurs décisions influencent réellement les flux d’eau – et qui partagent (certaines) de mes valeurs et principes. J’interagis régulièrement et sans relâche avec ces personnes pour tenter de créer une “coalition de cause” visant à donner plus de place aux usagers de l’eau et aux questions environnementales dans la conception et la mise en œuvre de projets “eau”. Ce faisant, je me positionne en tant que porte-parole des usagers de l’eau, même si je ne connais pas très bien leurs réalités et leurs préoccupations. Un tel engagement stratégique vise à corriger les déséquilibres de pouvoir « de l’intérieur », progressivement, mais il y a toujours un risque qu’il finisse par les renforcer, avec le risque d’être instrumentalisé.